Nous étions jeunes
La patrimoine, c’est une manière de regarder, peut-être de voir. Je parle, ici, d’une histoire qu’on se raconte pour raconter l’histoire. Une sorte de boucle tellement humaine, qu’elle convoque l’humanité et ses vocations. J’ai bien envie de tenter de vous en narrer un bout.
Pour faire gascon, il s’agit de défendre le faire ensemble. Le faire ensemble, c’est comme le Dahu, on en a tous entendu parler mais on le voit rarement. Bien entendu, c’est un animal imaginaire. Mais, si l’imaginaire n’existe pas, alors rien n’existe. Et, rarement, ce n’est pas jamais.
… nous sommes dans un monde si étrange que vivre n’est que rêver, et que l’expérience m’enseigne que l’homme qui vit rêve ce qu’il est, jusqu’au moment où il s’éveille.
Le roi rêve qu’il est roi, et vivant dans son illusion, il commande, il dispose, il gouverne. Et ces ovations qu’il reçoit et qui ne lui sont que prêtées, s’inscrivent dans le vent et en cendres la mort les change, cruelle infortune ! Et que l’on veuille encore régner, quand il faut finir par s’éveiller dans le sommeil de la mort ! Le riche rêve de sa richesse qui lui donne tant de soucis ; le pauvre rêve qu’il subit sa misère et sa pauvreté.
Il rêve, celui qui commence à s’élever ; il rêve, celui qui s’agite et sollicite ; il rêve, celui qui offense et outrage. Dans ce monde, en conclusion, chacun rêve ce qu’il est, sans que personne s’en rende compte.
Moi, je rêve que je suis ainsi, chargé de ces fers, et j’ai rêvé que je me voyais dans une autre condition plus flatteuse. Qu’est-ce que la vie ? – Une fureur. Qu’est-ce que la vie ? – Une illusion, une ombre, une fiction, et le plus grand bien est peu de chose, car toute la vie est un songe, et les songes mêmes ne sont que songes.
La Vie est un songe – La vida es sueño, Pedro Calderón de la Barca (1635) (trad. B. Sesé)
Il va vous falloir un peu de bonne volonté. Le temps du patrimoine, c’est un temps long. Dans l’espace contemporain, c’est atypique. Tout doit aller vite, mais, la vitesse, comment te dire ? Oui, il va falloir lire. Tenter volontairement de sortir du temps numérique.
L’histoire, elle, elle prend son temps.
Commençons par le début, je reçois un coup de fil :
« – je veux monter un festival autour du patrimoine. T’en es ? »
Cet homme là, c’est le genre d’homme à qui je ne sais pas dire non. Tout bien, tout honneur. L’aventure, la cascade, seul, c’est assez commun. La tentative collective, quand on y réfléchit, ce n’est pas si souvent. Alors, oui, je n’ai pas su dire non.
La vie joue souvent des tours. Des bons, des mauvais. Drôle de magicienne, tantôt sorcière, tantôt enchanteresse.
Les Landes, j’y ai vécu mes années de jeune adulte. Depuis, jeunesse a quitté le groupe et revenir… Ben, c’est comme revenir. Tu dois savoir si tu es déjà revenu.

Les Landes sont vastes, depuis la côte jusqu’à l’intérieur des terres, il y a des kilomètres et autant de probabilités. Le faire ensemble implique la tentative. Il s’agit de rencontrer des gens, de chercher les connections. L’idée qui inspire le festival ne pourrait se résumer en ces quelques mots. Moi, je ne saurais pas faire. Mais, la vie, elle, elle sait.
Nous étions jeunes et large d’épaules…
On the road again, bernard lavilliers
J’ai retrouvé David. Trente après, il théâtre toujours des deux mains (Théâtre des Deux Mains, Le Théâtre c’est l’Autre).
Finalement, jeunesse est peut-être toujours dans le groupe. Un arbre qui met du rose à ses branches, c’est comme l’autre sur ces ongles. Les jolies mains, c’est important. Surtout quand elles sont deux.
Théâtre des Deux Mains
« Le Théâtre c’est l’autre »
Petite phrase qui mène à la fois vers un théâtre d’abnégation où l’égo disparaît au service du territoire, de son partenaire de scène, du public, de l’auteur, du monde en général, et vers un art exigeant où se mêlent pertinence et impertinence, faillites et réussites, tentatives et aboutissements, un art où tout est possible avec pour seules limites les frontières de notre imagination, notre capacité de perception du monde et notre faculté à vouloir le changer.
« Le Théâtre c’est l’autre » est fondamentalement un acte militant.
Suite au prochain numéro, hasta pronto, et : hue, Dahu !
